Bernard Arnault, un empire

          Bernard Arnault est à l’image d’un mythe : connu de tous, vénéré par certains, mais absent de notre réalité. Discret, l’homme à la tête de la première fortune de France cultive le secret et se fait rare dans les médias. Le reportage qui lui est consacré en 2012 et disponible sur Youtube nous a servi à aller à sa rencontre. De son enfance à Roubaix jusqu’au divorce avec Galliano en 2012, tout y est. Pour vous, nous avons retenu l’essentiel :

Qui est Bernard Arnault ?  Décrit comme « joueur, stratège, visionnaire obsédé par l’excellence« , il est dit qu’il visite toutes les boutiques de ses 60 marques pour tout vérifier, avec souvent dans son sillage l’un de ses enfants. Quand on lui pose la question, l’homme aime à se présenter comme un entrepreneur français. Modeste, la formule ne saurait cacher qu’il est l’un des français les plus puissants du monde, à la tête d’un empire de rêve et de séduction. Son ambition, faire le mieux possible, avoir les meilleurs produits tout en garantissant la qualité et en intégrant l’innovation :

« L’aspect financier est une conséquence de l’excellence ».

Passionné par la création et l’organisation, « un mélange entre l’eau et le feu« , il aspire à « utiliser toutes ces idées nouvelles en permanence et (…) les transformer en une réalité commerciale qui plaise mondialement« . Voilà, selon lui, l’essence de son métier.

« Pour réussir dans un métier comme le mien et plus généralement dans la vie, il faut avoir une sensibilité et être capable d’avoir de l’émotion ».

La réalité. Un concept important pour Bernard Arnault. Lorsqu’on l’interroge sur l’héritage qu’il souhaite laisser, il est plus soucieux de ce qu’il construit dans le luxe que de sa personne. L’échange est également opportun pour comparer le « cycle de vie [jugé] beaucoup plus éphémère » des entreprises comme Apple ou Microsoft, avec la solidité des marques du groupe LVMH. Le patron du groupe assoit sa longévité sur cet héritage : « Je suis convaincu que dans un siècle la terre entière boira toujours du Dom Pérignon« . Voilà qui est dit.

Son parcours est jalonné d’étapes. À 25 ans, d’abord, son père lui fait confiance pour reprendre la direction du groupe familial. Une confiance dont il se montre digne, en témoignent les décisions adroites qui le conduisent à reprendre le groupe Boussac en 1984, à son retour de New York. Ce coup de poker marque le tournant de sa vie : Boussac possède ente autres marques à fort potentiel Christian Dior. Si c’est une victoire, cette reprise est entourée d’interrogations. Pour « galvaniser les troupes« , il donne alors à ses collaborateurs une mission, un but : devenir le premier groupe de luxe au monde. À cette époque, il ne le dira pas mais il ne sait pas encore comment. Cependant, on le connait stratège et adroit : les victoires se multiplient avec des rachats et la prise de contrôle du groupe LVMH, fusion de Louis Vuitton et Moët Hennessy entre 1987 et 1989. Il profite de la mésentente des deux parties ayant fusionné pour incarner le recours le plus profitable au groupe. Critiqué au départ pour un « coup financier », sa longévité et l’empire qu’il a construit autour de LVMH démentiront ces critiques. De même qu’il a réussi à gagner à sa cause les détracteurs du projet de construction de la Fondation Louis Vuitton, porté par le succès hors norme de la fondation, en particulier avec l’exposition Chtchoukine qui réunira plus d’1 million de visiteurs.

Excellent pianiste, amoureux de musique classique et d’Art contemporain, on dit que Bernard Arnault réserve son admiration pour les grands compositeurs de musique classique et les grands maîtres. Ces dernières années, il a donné au groupe LVMH une dimension plus institutionnelle en développant le mécénat. Sous l’impulsion de Delphine Arnault, la fondation parraine le prix LVMH pour les Jeunes Créateurs de Mode : «Il est important de valoriser les talents, on ne le fait jamais assez». Preuve qu’on peut allier l’art et affaires, LVMH étant devenue cette année la plus forte capitalisation de la place de Paris.